Les industriels ont parlé : pour la majorité d’entre eux, disposer de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) dédiés à la production de chaleur (0–500°C) n’est pas adapté, sauf applications spécifiques. Mais les gestionnaires de réseaux de chauffage urbain (RCU), en revanche, y voient un levier crédible.
On l’oublie souvent, ce n’est pas l’électricité mais bien la chaleur le premier usage énergétique, avec 40% de l’énergie finale consommée en France, le plus souvent via des combustibles fossiles. Nous avons interrogé 40 industriels et gestionnaires de RCU en novembre 2025, pour comprendre si la chaleur d’origine nucléaire pouvait être une alternative, à, bien souvent, des chaudières au gaz.
Les 30 industriels interrogés mentionnent :
– des horizons d’investissement habituellement très courts (ROI sur 3-8 ans), incompatibles avec des actifs thermiques capitalistiques amortis sur 20–30 ans ;
– des sites majoritairement trop petits ou dispersés pour justifier une installation dédiée ;
– une compatibilité process toute relative, avec bien souvent des températures élevées (>500°C) et des ramp rates rapides ;
– un prix cible SMR de 50-70€/MWh thermiques jugé acceptable, mais qui constitue un prix plancher pour un investissement de très long terme ;
– des freins d’acceptabilité, réglementaires et d’absence de subventions.
Alors que les gestionnaires de RCU se prononcent favorablement sur :
– des investissements de long terme (20 à 30 ans) alignés avec les cycles d’investissement du nucléaire ;
– la généralisation des réseaux basse température (80– 110°C, 3–5 bars), compatibles avec l’ensemble des SMR calogènes ;
– un coût cible de 50-70€/MWhth est jugé stable et compétitif face à la volatilité du gaz, au recul de la biomasse subventionnée et aux limites de la géothermie.
Les SMR calogènes ont donc un rôle à jouer dans la transition énergétique, que ce soit pour les réseaux de chaleur urbains ou certaines applications industrielles spécifiques.